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Autour de la rivière Ibembé - Journal de Bord #3

samedi 4 juillet 2015, par Hugo Struna

Poursuite des prospections spéléologiques autour de la rivière Ibembé, au sud de Lastoursville.

J3 : 1er juillet
Pour cette deuxième journée de prospection, Richard et Olivier décident de se rendre au Sud de Lastoursville, près de la rivière Ibembé. En plus d’être facile d’accès, la zone abrite également des grottes pointées jadis mais jamais explorées. Nous traversons l’EGG (Exploitation de Grumes du Gabon), une exploitation forestière - une des premières richesses du pays. Les forestiers qui y travaillent possèdent une connaissance aiguë de la forêt, et à fortiori des entrées de grottes : leurs témoignages pourraient nous être forts utiles.

Comme la veille, nous nous séparons rapidement. Alors que le reste de l’équipe décide de marcher en contre-bas, nous montons avec Richard et Narcisse, l’écoguide. Aux pieds d’une falaise, je le trouve béat devant un mur magnifique de bégonias ; quelques petites fleurs jaunes parsèment la paroi végétale.

Richard Oslisly et les bégonias

En longeant la paroi, Narcisse identifie ce qui semble être une brèche dans la roche. Et si derrière elle se cachait la première cavité ? Le premier éclairage vers le fond du trou laisse le mystère intact ; il vaut mieux appeler Olivier, le spécialiste, qui accourt à notre alerte. « Eh bien une seule façon d’en savoir plus : entrer dedans ! » lâche-t-il sans hésiter une seconde. Sous nos yeux hagards, le spéléologue se faufile entièrement dans l’orifice qui ne devait pas dépasser les 40cm de diamètre. Après deux trois minutes de silence, il ressort la chemise maculée de terre : « Rien de plus qu’un nid de porc-épic, que j’ai pu parcourir sur une trentaine de mètres, à plat ventre ». Ces rongeurs abondent dans la forêt. Faux-espoir. Une fois reparti, notre guide m’avoue qu’une telle cavité pourrait tout à fait abriter…une panthère.

La réaction d’Olivier à la sortie de son trou de porc-épic...

Cette journée fut celle de notre interaction avec la faune forestière. En traversant un chablis* (ancienne zone d’exploitation forestière, laissée à l’abandon) dans une végétation plus souple, nous faisons connaissance avec les magnans, des fourmis on ne peut plus agressives qui n’hésitent pas à encastrer leurs mandibules dans notre chair… C’est un véritable assaut ! Le guide Narcisse finit même par retirer ses vêtements sentant que les bestioles se faufilent à l’intérieur de son pantalon. Après avoir quitté leur territoire que nous avons foulé inopportunément, certaines d’entre elles persistent. Nous prendrons à présent gare à ces fourmis noires, légèrement plus grosses que la moyenne.

Soudain Narcisse, qui impressionne par sa connaissance de la faune, nous invite à lever la tête : un nid de chimpanzés, probablement récent, nous surplombe. « Le chimpanzé fabrique un nid chaque jour, il choisit un arbre avec des branches souples pour pouvoir les plier. Celui-ci a dû être conçu il y a un mois à peine » nous précise Narcisse. Puis c’est au tour du calao à casque, au cri très singulier, de surprendre l’équipe. Cet oiseau d’Afrique centrale arborant une belle crête cherche en tournoyant des excréments de singe, dont il raffole. La forêt déborde de vie, nos sens nous le rappellent sans cesse.

Les trois bonnes heures de marche nous ont exténués. Mais, à nouveau, il faudra se contenter de ce petit orifice sans intérêt. Nous nous consolons en nous disant que la découverte sera d’autant plus grisante que les recherches seront longues. Et puis nous ne perdons pas espoir : Olivier mise dès le début de cette expédition sur une vingtaine de découvertes de grottes. Ouf !

L’équipe du jour :
Richard OSLISLY, géoarchéologue
Olivier TESTA, spéléologue
Stéphanie JAGOU, spéléologue
Prosper NTOUTOUME, archéologue
Narcisse LEMBOMBA, écoguideRetour
Hugo STRUNA, journaliste

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