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La prospection : comment repérer les grottes dans la forêt

dimanche 12 juillet 2015, par Hugo Struna

Accéder aux grottes n’est pas chose aisée au Gabon. L’étendue et la densité de la forêt compliquent le repérage des formations géologiques, celles qui contiennent les précieuses cavités. Et lorsque la grotte se trouve déjà indiquée sur la carte, la partie n’est pas gagnée pour autant. Souvent recouvertes par la végétation, parfois de taille très réduite, les entrées ne se laissent pas distinguer facilement. Savoir « chasser » la caverne requiert des exigences multiples qui ne se limitent pas à la bonne vue : un matériel ad hoc, beaucoup de préparation et, disons-le, un brin de chance.

Prospection et recherche de grottes en forêt

L'entrée de la grotte Mbera, recouverte de végétation

Deux types de cartes à disposition

L’étude des cartes constitue, en amont de toute sortie, le travail préliminaire de la prospection spéléologique. Pour cette expédition, nous en avons deux types à disposition : des cartes topographiques et des cartes géologiques. Une synthèse des deux nous donnera ensuite la carte finale, qui se verra régulièrement dépliée sur le terrain.

- La carte topographique. Elle affiche, avec une précision variable, le relief, les cours d’eau et la géomorphologie d’une zone. Construite par l’IGN (Institut de Géographie Nationale) au début des années 60 à partir d’images aériennes, nous disposons pour l’expédition de la meilleure carte de la région de Lastoursville. Sa précision au 1/50 000 (1cm = 500m) est très bonne pour l’époque. Mais son atout majeur vient du fait qu’elle couvre un territoire très large, comprenant toutes les grottes qui nous attendent.

carte topographique de Lastoursville
Extrait de la carte au 1/50.000

Beaucoup plus moderne : le modèle numérique de terrain (MNT) réalisé il y a quelques années par la technologie LIDAR, un radar aéroporté capable de passer outre la végétation. En a découlé une carte à destination des exploitants miniers. Sa résolution est surprenante : 1/ 2 500 (1cm=25m), avec une altitude précise au décimètre près ! Seul inconvénient, le LIDAR ne couvre qu’une zone très restreinte autour de Lastoursville, impossible donc de s’en contenter.

Modèle numérique de terrain
Extrait du modèle numérique de terrain au 1/2.500 réalisé par LIDAR

- A la topographie de la région, les cartes géologiques vont fournir des données sans lesquelles la prospection spéléologique serait impossible : les formations géologiques, et en l’occurrence la dolomie. La première carte, très récente, de 2009, offre une modeste résolution (1/ 200 000). Elle dessine les grandes lignes géologiques.

Carte géologique de Lastoursville
Extrait de la carte au 1/200.000
La bande de dolomie apparaît en bleu foncé

C’est en 1976 que le géologue français Gérard Delorme, produit une description détaillée de la répartition de la dolomie autour de Lastoursville. Par des mesures de terrain précises, il en tire une carte des affleurements de dolomie ajoutés sur la carte de l’IGN. Mandaté à ce moment-là par une compagnie minière (COMILOG), il parcourt également la région pour dénicher, avec la population locale, des cavités dolomitiques aux quatre coins de la forêt. C’est ainsi qu’en plus d’avoir localisé les bandes de dolomie, 36 grottes furent repérées et pointées sur une carte – mais repérées de veut pas dire explorées ! Inutile de préciser que ces petits cercles, chacun figurant des entrées, représentent une aide considérable…

Affleurements de dolomie - Lastoursville
Extrait de la carte réalisée par Gérard Delorme
La bande de dolomie, où se creusent les grottes, apparaît en bleu foncé

A partir de ces cartes, nous avons procédé à une synthèse combinant les données topographiques et géologiques. Cette cartographie est géoréférencée et directement intégrée dans un GPS portatif, qui accompagne l’équipe une fois sur le terrain.

Comment repérer sur la carte les zones propices aux cavités ? Sans indication d’entrée, il suffit de repérer les cours d’eau et la dolomie. Toujours traversées par un ruisseau – parfois sec -, les cavités doivent logiquement se trouver à l’intersection de ces deux éléments. Un premier repérage qui permet de ne pas partir n’importe où sur le terrain. Mais attention ce travail préliminaire ne suffit pas, loin s’en faut, et ne remplacera jamais un guide connaissant l’emplacement exact de la grotte.

La population locale

Depuis des millénaires les hommes se rendent dans les grottes pour différentes raisons : rituels religieux, thérapeutiques, chasse... Pour toutes ces raisons, quelques personnes connaissent des entrées de grottes à Lastoursville pour s’y rendre régulièrement. Ainsi quel meilleur guide que la population locale, dont nous n’hésitons pas à solliciter le concours. A l’arrivée les habitants nous font gagner beaucoup de temps et nous transmettent quelques précieux savoirs sur la forêt. Sans parler de la rencontre humaine, toujours enrichissante.

Dans la forêt : pointage et repérage

Munis de cartes, du GPS et d’un équipement adapté à la marche en forêt, la prospection peut commencer. Pour trouver une entrée de grotte, deux éléments doivent attirer l’attention en particulier : les ruisseaux (marigots), et les falaises de dolomie. Souvent masquées par la végétation, repérer ces murs s’avère fastidieux. Mais de telles formations n’en restent pas moins des sites à haut potentiel : de leur paroi rocheuse peut se jeter un ruisseau venant tout droit d’une caverne. En contre bas de la falaise, en suivant le lit du ruisseau, il est également possible de le voir chuter dans un gouffre ou un trou débouchant sur une grotte. C’est ce qu’on nomme une perte ou une résurgence. En plus de les pointer sur le GPS pour améliorer la cartographie, remonter le cours d’eau vers la falaise ou le descendre jusqu’à une perte sont deux alternatives pouvant conduire chacune à une grotte. Ensuite la chance fait le reste.

A chaque passage de ruisseau, une mesure de pH et de conductivité de l’eau peut apporter des données cruciales. En effet, l’eau qui sort de la cavité s’est naturellement chargée en minéraux constitutif de la roche traversée. Une eau basique et fortement conductrice témoignera de son contact avec la dolomie - roche calcaire - et par conséquent la probabilité d’une grotte en amont augmente.

La cartographie – topographique et géologique – de la région, les renseignements de la population locale constituent les points de départ de nos recherches de nouvelles grottes. Ensuite il faut avoir l’œil, repérer les falaises, suivre les ruisseaux et surtout s’armer de patience : comme toute chasse de longues heures de marche en forêt sont souvent nécessaires pour enfin dénicher l’entrée tant attendue.